Devenir un homme

Si vous vous attardez à l’influence que vous avez sur les garçons, vous réfléchirez aux messages que vous transmettez chaque jour par vos comportements, vos gestes et vos mots. Cette réflexion vous amènera peut-être à mieux comprendre ce que vous avez absorbé et ce que vous communiquez sur ce que c’est que d’être un homme.

Nous ne sommes pas nés femmes ou hommes; nous devenons des hommes ou des femmes par la formation et l’éducation que nous recevons, c’est ce qu’on appelle la socialisation. évidemment, il est important d’enseigner aux enfants comment socialiser, comment fonctionner au sein d’une société. Notre milieu familial, nos écoles et les médias (films, télévision) sont les principaux outils de socialisation. C’est au moyen de ces outils que, comme enfants, nous apprenons à décoder les messages sur les façons d’agir avec les autres et sur les façons de nous comporter en public.

Un grand nombre d’outils de socialisation actuels imposent des idées très arrêtées sur ce qui est considéré comme étant un homme « normal » et une femme « normale ». Nous accordons une plus grande valeur aux traits masculins, donc une supériorité. C’est ainsi que nous forgeons notre genre – le rôle social donné à une personne en raison de son sexe biologique. Ce processus se produit à un si jeune âge que nous sommes profondément influencés par ce dernier. Nous absorbons les idées et les valeurs de notre famille et de la société à un point tel qu’elles deviennent rapidement normales et naturelles.

Les caractéristiques « féminines » et « masculines » suivantes résument les normes liées au genre qui existent dans la société d’aujourd’hui. Bien que les choses aient changé quelque peu et que nous soyons exposés à des images et des idées différentes par rapport à la masculinité et la féminité, un survol rapide de la culture dominante (présentée dans les films, les émissions de télévision et les magazines) démontre clairement que ces normes sont dominantes :

La femme « normale » ou « idéale » : passive, soumise, empathique, aimante, plus petite physiquement et plus faible, vulnérable, coopérative, craintive, timide, discrète, démunie, besoin d’être sauvée par un homme, suit et appuie l’homme, etc.

L’homme « normal » ou « idéal » : dominant, agressif, fort, dur, compétitif, athlétique, orienté vers l’action, gagnant, responsable, grand physiquement et musclé, puissant, leader, courageux, protecteur, défendeur, confiant, honorable, sage, offre des solutions, etc.

Normes liées au genre : récompenses et punitions

Comment amenons-nous les enfants à adopter certaines valeurs, certains comportements et certaines attitudes qui ne sont pas nécessairement naturels? On apprend aux garçons à être masculins de diverses façons. S’ils adhèrent aux normes prescrites, ils sont assurés - au fur et à mesure qu’ils grandissent – de rehausser leur statut social, d’avoir le respect des autres, de confirmer leur autorité et d’obtenir plusieurs autres privilèges. Plus ils personnifient l’idéal « masculin », plus leurs pairs et les adultes qui les entourent les respectent, les admirent et les récompensent.

Par contre, s’ils s’écartent de cet idéal, ils sont punis et risquent de devenir la cible d’insultes misogynes ou homophobes (voir Glossaire). Les garçons qui résistent au code de comportements masculin sont souvent exclus par leurs pairs. Il arrive même que leurs camarades et les adultes qui en prennent soin deviennent violents ou abusifs envers eux pour montrer leur désaccord.

On récompense également les filles qui adhèrent aux normes et on les punit si elles ne s’y conforment pas. Fait intéressant, on récompense certaines filles et femmes qui adoptent des traits masculins. On dit d’elles avec affection que ce sont des « garçons manqués ». Par contre, on dénonce les garçons et les hommes qui adoptent des traits féminins et on se moque d’eux en les traitant « d’efféminés » et en leur disant qu’ils sont faibles. La différence entre ces réactions illustre très bien la grande valeur que l’on attribue à tout ce qui est masculin.

Modèle de masculinité dominant : avantages et désavantages

Derrière les avantages que le pouvoir et le statut confèrent aux hommes qui adhèrent aux normes de masculinité traditionnelles se cachent des pièges et des inconvénients.

Premièrement, la grande majorité des garçons et des hommes n’arriveront jamais à satisfaire les normes strictes et rigides liées à la « masculinité » établies par notre société. Pour la plupart des garçons et des hommes, ces normes les mènent tout droit à l’échec. Aucune personne ne réussit à avoir le contrôle absolu, à toujours être brave et forte et à avoir toutes les réponses et toutes les solutions à tous les problèmes de la vie. Ces normes impossibles à satisfaire ne peuvent que générer des sentiments d’insécurité et de médiocrité perpétuels.

Deuxièmement, en s’efforçant de satisfaire à ces normes rigides, les garçons renoncent à des parties d’eux-mêmes qui sont au cœur de leur humanité. Selon l’auteur Michael Kaufman, « les hommes ont un prix à payer pour le pouvoir universel qu’ils ont », prix qui se traduit par la violence, le refoulement de leurs émotions ou de devoir composer avec « une hiérarchie complexe de quelques hommes qui se trouvent au-dessus d’autres hommes » (extrait de Michael Kaufman, « Cadre d’action pour faire participer les hommes et les garçons à l’avancement de l’égalité entre les sexes et à l’élimination de la discrimination et de la violence à l’endroit des femmes et des filles ». Préparé pour l’UNICEF en 2003 et disponible en français à http://www.michaelkaufman.com/articles/.)

Traits « masculins » : un choix

Vous n’êtes pas responsables d’avoir appris ces leçons, d’avoir absorbé ces messages sur les hommes et les femmes qui vous ont été enseignés à un si jeune âge. Vous n’êtes pas non plus responsables des privilèges sociaux accordés aux hommes. Toutefois, en tant qu’hommes adultes, vous êtes responsables de reconnaître et de questionner vos privilèges et de faire un effort pour partager votre pouvoir. Vous avez également la responsabilité de questionner les messages sur le genre afin de comprendre leurs répercussions sur les autres, et plus particulièrement sur les filles et les femmes.

En faisant une introspection honnête et des efforts proactifs, vous pouvez « désapprendre » ces comportements, ces valeurs et ces attitudes qui – intentionnellement ou non – enlèvent parfois du pouvoir aux filles et aux femmes. Par exemple, dans quelles circonstances la « galanterie » sert-elle à faire preuve de respect, à poser un geste gentil ou à aider quelqu’un? Dans quelles circonstances exerce-t-elle un contrôle indu sur les filles et les femmes ou mine-t-elle leur confiance en elles? Ce sont des réflexions que les hommes peuvent faire en dialoguant et en échangeant avec les femmes et les filles de leur entourage.

Le genre comme continuum

Il est important de se rendre compte que les caractéristiques dites « masculines » ne sont pas intrinsèquement mauvaises, pas plus que les caractéristiques dites « féminines » sont bonnes. Ensemble, elles représentent deux bouts d’un continuum de valeurs, de qualités et de traits humains. Nous nous situons toutes et tous à un point quelconque sur ce continuum. Nous avons le pouvoir, la capacité et la responsabilité en tant qu’individus de choisir les valeurs et les comportements que nous voulons retenir ou rejeter.

La masculinité comme choix conscient

Comme hommes, nous pouvons choisir de briser le moule de la masculinité qui nous a été imposé. Nous pouvons réunir les valeurs et les traits qui représentent réellement la personne que nous sommes. Nous pouvons choisir de retenir certains traits dits « masculins » et de les redéfinir. Nos choix peuvent être guidés par des discussions honnêtes, une introspection et un examen de nos motifs et des répercussions sur les autres, plus particulièrement sur les filles et les femmes.

Il n'est pas facile de briser le cycle de la socialisation des garçons. Nous avons toutes et tous de la difficulté à nous libérer des idées et des images préconçues à propos des femmes et des hommes. Nous apprenons toutes et tous une nouvelle manière d’être et comment interagir entre nous. Cela prend une certaine force de caractère. Il faut aussi faire preuve de courage, de patience, de compassion et de gentillesse envers nous-mêmes et envers les autres.

Soutenir les enfants quand ils tentent de résister aux normes établies

Les enfants peuvent résister ou essayer de résister aux normes qui leur sont imposées en vue de vivre leur vie de façon authentique. Comme modèle de masculinité positif, vous pouvez choisir de soutenir les enfants – garçons et filles – qui s’efforcent de devenir des humains à part entière en incarnant toute la gamme de caractéristiques « féminines » et « masculines ». Par exemple, vous pouvez :

offrir un soutien aux filles de votre famille, de votre collectivité ou de votre milieu de travail lorsqu’elles :

  • expriment leur colère ou leurs opinions de façon directe et constructive;
  • s’affirment;

  • assument un rôle de premier plan;
  • portent des vêtements qui ne sont pas considérés comme étant « féminins » ou qu’elles se font couper les cheveux courts;

offrir un soutien aux garçons de votre famille, de votre collectivité ou de votre milieu de travail lorsqu’ils :

  • jouent avec des poupées au lieu de camions;
  • prennent des cours de danse ou participent à des activités dites « féminines »;
  • refusent de se battre;
  • pleurent ou parlent de leurs sentiments et lorsqu’ils ont peur ou qu’ils sont bouleversés;
  • osent porter des vêtements ou des couleurs qui ne sont pas considérés comme étant « masculins ».

Il importe de ne pas sous-estimer l’impact que nous avons sur les enfants qui osent déroger aux règlements liés au genre lorsque – comme modèle adulte – nous leur offrons notre soutien et notre validation. Même le mot le plus simple et le geste le plus inoffensif peuvent être d’une grande importance pour un enfant qui se sent probablement très seul.